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Quand ego signe : sémiotique, fantasme, fantaisie (Revue Cygne noir)

Quand ego signe : sémiotique, fantasme, fantaisie (Revue Cygne noir)

Publié le par Marc Escola (Source : Revue Cygne noir)

Quand ego signe : sémiotique, fantasme, fantaisie

Appel à contribution — Cygne noir, no 8 (2020)

Dossier dirigé par Laurance Ouellet Tremblay et Simon Levesque.

 

Est-ce de la rêverie? De la fantasmagorie? Simplement de la fantaisie. D’autres diraient des fantasmes. À chaque instant, on perd pied[1].

 

Fantasme et fantaisie partagent une même racine étymologique grecque : φαντασία et φάντασμα renvoient tous deux à l’idée d’apparition, d’image présentée à l’esprit. Tour à tour construction imaginaire, vision hallucinatoire, illusion ou rêverie, la fantaisie est aussi associée à la liberté psychique du sujet, à la singularité de son caractère (un type fantasque). Dans la fantaisie tiendrait donc une part de l’identité du sujet, ce que le concept de fantasme en psychanalyse problématise.

Quel statut sémiotique accorder aux scènes d’énonciation du fantasme qui, se situant « à la limite du discours produit et de sa production[2] », ramènent au premier plan de la pensée l’activité fabulatrice de l’être humain? Comment analyser les composantes du fantasme – images, lieux, acteurs, objets – leur compétence, leurs ramifications et les lois de leur organisation (leur syntaxe) ; ce qu’elles conjoignent et communiquent, mais aussi bien ce qu’elles voilent? Car si, pour le sujet, « le réel est ce qui supporte le fantasme, le fantasme est ce qui protège le réel[3] » ; comment penser, dès lors, le mouvement de voilement/dévoilement de la réalité psychique que suppose ce travail conjoint de l’imaginaire et de l’inconscient, dont l’étoffe essentielle est la représentation[4]? Le signe retrouve dans ce clair-obscur le sens que lui donnait Héraclite lorsque, décrivant la pythie rendant l’oracle à Delphes, il dit : elle ne parle pas ni ne se tait, mais fait signe[5]. Elle rend l’image sans en fournir le code.

Si l’on définit l’ego comme la représentation consciente qu’un sujet a de lui-même, le fantasme acquiert un double statut en ce qu’il nourrit cette représentation et la fait dérailler tandis qu’il la soumet à la contrainte pulsionnelle, qui ressortit davantage à l’instinct et à l’inconscient qu’au logos. Véritable « moteur de la réalité psychique[6] », le fantasme s’interprète alors en vertu de significations sérielles où le rythme et la structure de la répétition deviennent les lieux d’où émerge le sens. Il s’agit dès lors d’examiner l’organisation du fantasme, sachant qu’elle jouit d’une indépendance et d’une autonomie relatives : au-delà de ce qui motive l’émergence de la représentation-fantasme « en tant que mode d’être irréductible et unique et organisation de quelque chose dans et par sa figuration, sa “mise en image”[7] », nous cherchons à interroger les modalités sémiotiques de cette mise en procès du sujet par l’imaginaire, notamment dans son rapport à la fantaisie comme marque et expression de la subjectivité.

Dès 1892, Peirce formulait la métaphore de l’essence vitreuse de l’homme pour illustrer l’idée selon laquelle les individus humains ne sont jamais que le reflet des flux et des déterminations sociohistoriques, qui s’amalgament dans la psyché comme autant de fragments d’un miroir éclaté[8]. À l’instar du signe qui tient lieu pour quelque chose d’autre[9], le fantasme, toujours, se fait le symptôme de l’aliénation du sujet à une structure – psychique, institutionnelle, politique. Ainsi voudra-t-on connecter le fantasme à sa source vive qu’est l’imaginaire, mais aussi aux appareils idéologiques d’État qui nourrissent sa transversalité et autorisent à penser le fantasme de groupe[10]. On pense ici entre autres au « surcodage de classe » ou aux « désirs de groupe » théorisés par Guattari[11], mais aussi et surtout aux machines désirantes de L’Anti-Œdipe[12].

Entre la naissance de la fantaisie et la finalité du fantasme prennent place quantité de phénomènes auxquels s’attarder paraît prometteur. L’objectif de cet appel est d’inviter à explorer et à nouer des relations productives entre la pensée sur le sujet (et sa complexité psychique) et la pensée sur le signe (et sa complexité communicationnelle). Disciplinairement, cela peut impliquer d’interroger les relations entre la sémiotique et le champ de la psychanalyse. Toutefois, nous souhaitons ouvrir le plus largement possible le terrain d’enquête pour permettre d’y inclure tout cas d’étude susceptible d’approfondir ou de problématiser une compréhension du signe dans la perspective du fantasme et de ses représentations artistiques, culturelles ou politiques. Sont ainsi conviées les propositions de chercheuses et chercheurs d’horizons multiples portant sur tout sujet d’étude pertinent dans le cadre de cet appel. Les propositions favorisées (1) contribueront à l’avancement des études sémiotiques ou des disciplines connexes en vertu d’une approche sémiotique ; (2) seront à jour en ce qui a trait aux théories, méthodes et données ; (3) feront la démonstration d’une compréhension – et référeront à – des travaux existants dans le domaine traité. Comme toujours au Cygne noir, celles-ci pourront s’inscrire dans l’un ou plusieurs des champs suivants : la sémiotique théorique (épistémologie, études culturelles, sémiotique cognitive, biosémiotique, etc.), la sémiotique appliquée (arts, médias, rhétorique, religions, urbanisme, traduction, éducation, etc.), et peuvent également préconiser une approche in-ter-trans-disciplinaire (anthropologie, philosophie, sociologie, psychologie, esthétique, linguistique, communication, etc.). Pour le comité de sélection, l’originalité attendue d’une proposition n’a de limite que sa pertinence.

 

POUR SOUMETTRE UNE PROPOSITION

Candidatures

Deux options s’offrent à vous. Nous acceptons les propositions courtes (500 mots) faisant état de vos intentions de rédaction. Nous acceptons également les manuscrits complets (max. 60 000 caractères). Dans les deux cas, les documents seront reçus par courrier électronique à l’adresse de la revue redaction@revuecygnenoir.org au plus tard le 1er novembre 2019. Veuillez indiquer en objet de votre message : « Proposition : fantasme ».

 

Votre proposition courte doit comporter :

un titre et un court résumé (500 mots maximum) ; une courte notice biographique (250 mots maximum) incluant les informations suivantes : votre nom complet, votre statut, votre établissement de rattachement et votre département (s’il y a lieu) ainsi que vos coordonnées (adresse courriel au minimum).
 

Votre manuscrit complet doit :

compter entre 25 000 et 60 000 caractères, espaces, notes et bibliographie comprises ; être accompagné d’un résumé liminaire d’au plus 250 mots présenté à interligne simple synthétisant le sujet, l’objectif, la problématique, l’hypothèse et la méthodologie de recherche ; suivre le protocole de rédaction (à télécharger ici) ; être au format .odt ou .docx.

 

Calendrier

Les propositions courtes ou les manuscrits complets seront reçus avant le 1er novembre 2019.
L’acceptation des contributions sera notifiée avant le 15 novembre 2019.
Suite à l’acceptation de votre proposition courte, le texte complet de l’article, déposé aux fins de l’évaluation, sera reçu avant le 31 décembre 2019.

La publication est prévue pour le printemps 2020.

 

Notes

[1] J.M.G. LE CLÉZIO, « À peu près apologue », Histoire du pied et autres fantaisies, Paris, Gallimard, 2011, p. 338.

[2] C.-B. CLÉMENT, « De la méconnaissance. Fantasme, texte, scène », Langages, no 31, 1973, p. 36-52.

[3] J. LACAN, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1973, p. 41.

[4] C. CASTORIADIS, L’institution imaginaire de la société, Paris, Seuil, coll. « Points essais », 1975, p. 400 sq.

[5] « Οὔτε λέγει οὔτε κρύπτει ἀλλὰ σημαίνει », fragment 93 cité par Plutarque, De Pythiæ oraculis, 21, 404D.

[6] J. LACAN, Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 358.

[7] C. CASTORIADIS, L’institution imaginaire de la société, op. cit., p. 414.

[8] C. S. PEIRCE, « Man’s Glassy Essence », The Monist, vol. 3, no 1, 1892, p. 1-22 ; A. DE TIENNE, « Le signe en personne chez Peirce, avec échos wittgensteiniens », Recherches sémiotiques, vol. 32, no 1-2-3, 2012, p. 203-223.

[9] « Un signe est quelque chose tenant lieu de quelque autre chose pour quelqu’un, sous quelque rapport ou à quelque titre. » C. S. PEIRCE, Écrits sur le signe, éd. et trad. de l’anglais (États-Unis) par G. Deledalle, Paris, Seuil, 1978, p. 215. Dominique Bourdin rappelle que Lacan cite onze fois Peirce dans son Séminaire, entre 1960 et 1977. D. BOURDIN, « Logique, sémiotique, pragmatisme et métaphysique. Note sur la pensée de Charles Sanders Peirce », Revue française de psychanalyse, vol. 69, no 3, 2005, p. 733-747.

[10] F. GUATTARI, Psychanalyse et transversalité : essai d’analyse institutionnelle, préface de G. Deleuze, Paris, La Découverte, coll. « [Re]découverte », 2003 [1974].

[11] F. GUATTARI, « La bourgeoisie est la classe du surcodage », « Intérêt de classe et désir de groupe », Écrits pour l’Anti-Œdipe, éd. S. Nadaud, Paris, Lignes/IMEC, 2012, p. 246-249 et 281-284.

[12] G. DELEUZE & F. GUATTARI, L’Anti-Œdipe. Capitalisme et schizophrénie, Paris, Minuit, 1972 ; F. ANDOKA, « Machine désirante et subjectivité dans l’Anti-Œdipe de Deleuze et Guattari », Philosophique, no 15, 2012, p. 85-94 ; C. KERSLAKE, « Les machines désirantes de Félix Guattari. De Lacan à l’objet “a” de la subjectivité révolutionnaire », Multitudes, no 34, 2008, p. 41-53.