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Hélène Vial (dir.), « Lui, c’est moi » : Identités et altérités du mythe de Narcisse dans la littérature et les arts contemporains

Hélène Vial (dir.), « Lui, c’est moi » : Identités et altérités du mythe de Narcisse dans la littérature et les arts contemporains

Publié le par Vincent Ferré (Source : Catherine Songoulashvili)

Volume collectif coordonné par Hélène Vial (Université Clermont Auvergne, CELIS)

Ce volume est consacré à l’étude de toutes les formes et de présence du mythe de Narcisse dans la littérature et l’art contemporains, sans limitation géographique ou culturelle.

Ce mythe, avec ses innombrables implications – génériques, esthétiques, philosophiques, psychologiques… –, a gardé au fil des siècles une universalité et un pouvoir de fascination intacts. L’aventure initiatique et destructrice de Narcisse est de ces histoires qui suscitent de manière ininterrompue et potentiellement infinie de nouvelles variations. Or, ce processus s’inscrit dans la continuité de la poétique tout en variatio du texte matriciel que sont les Métamorphoses d’Ovide et répond à l’essence même d’un récit entièrement traversé par la tension entre identité et altérité. Ainsi le sublime iste ego sum du Narcisse ovidien (III, 463), (que l’on peut approcher par « Lui, c’est moi », même si ni cette formule ni d’autres, comme « Je suis lui », ne suffisent à rendre cette formule intraduisible de manière exacte), est-il devenu le destin même d’un mythe qui, à son tour, n’a jamais cessé d’être lui-même et autre à la fois.

Intemporel dans la terrible simplicité qui est la sienne, et ouvrant en même temps au lecteur un gouffre de complexités possibles, l’itinéraire existentiel de Narcisse est doté d’une plasticité qui lui permet d’être l’objet de réappropriations justement très temporelles, inscrites dans des contextes précis et extrêmement différents les uns des autres. Ainsi y a-t-il une sociopoétique possible de ce mythe, tant il est, si l’on ose dire, le miroir des sociétés qui le reprennent à leur compte et lui font dire ce qu’elles ont à dire sur l’identité et l’altérité. Aussi ce volume s’inscrit-il pleinement dans les travaux du CELIS (Centre de Recherches sur les Littératures et la Sociopoétique, UR 4280).

De nombreuses études ont été publiées sur le mythe de Narcisse. Par rapport à cette riche bibliographie, la spécificité du présent volume est multiple :

1.     Il s’agit d’interroger la présence du mythe de Narcisse dans le monde contemporain à travers la littérature et l’art (formes, motivations, résonances) en ouvrant totalement le champ d’analyse : les contributeurs sont invités à explorer la vie et les transformations du mythe de Narcisse non seulement sans limites spatiales et culturelles, mais aussi à travers tous les champs littéraires et artistiques, afin de montrer l’étendue des créations et des interprétations que ce mythe suscite encore aujourd’hui, que la référence y soit explicite ou implicite. La liste des domaines artistiques dans lesquels le mythe de Narcisse déploie aujourd’hui ses variations est immense : littérature, arts plastiques, musique, théâtre, danse, cinéma, photographie, mode, architecture, arts du spectacle et performatifs, arts numériques.

2.     Il s’agit également de revenir au cœur de ce mythe, qui est la tension entre ego et iste, le même et l’autre, l’identité et l’altérité, et d’analyser en quoi les réappropriations de la figure et de l’histoire de Narcisse dans la littérature et les arts de l’époque contemporaine rejouent encore et encore ce questionnement. Narcisse est pris, et très vite se sait pris, dans le piège fatal de l’impossible fusion amoureuse avec cet autre qui est lui, et dont il lui faudrait, pour pouvoir l’aimer de manière heureuse, être physiquement séparé. Ainsi est-il condamné à une scission intérieure qui ne peut le conduire qu’à la mort, mais qu’Ovide, dans son récit, infléchit in extremis par la métamorphose en fleur. Ce scénario fondamental du même, de l’autre et de la mutata forma constituera le centre de gravité du volume.

3.     Il s’agit en outre d’affirmer l’importance fondamentale, dans le monde contemporain, du récit d’Ovide, qui, s’il ne représente pas la première apparition du personnage, a établi pour toujours les bases poétiques et symboliques de sa représentation dans la littérature et les arts. C’est le Narcisse ovidien qui est resté comme la matrice de tous les autres, par l’approfondissement extrême dont il fait l’objet, par la complexité vertigineuse et pourtant, in fine, la netteté implacable de sa trajectoire, par les thèmes universels qui se croisent dans son histoire (la marche du destin, les ravages de l’orgueil, la possibilité ou l’impossibilité de l’amour, la mortalité et l’immortalité, la métamorphose comme alternative à l’opposition entre la vie et la mort), et tout simplement par la beauté de la langue poétique épurée et subtile avec laquelle Ovide dit ce drame, quintessence du sujet de son épopée (In noua […] mutatas […] formas / corpora, des « formes changées en corps nouveaux », Métamorphoses, I, 1-2). Explorer la présence contemporaine du mythe de Narcisse en littérature et dans les arts, c’est aussi explorer celle du récit qu’en fait Ovide, de l’œuvre au sein de laquelle il le fait et peut-être de la romanité même.

4.     Il s’agit enfin de lire et de voir les œuvres étudiées selon une approche sociopoétique consistant à étudier en quoi les sociétés contemporaines suscitent un regain de présence du mythe de Narcisse dans la production littéraire et artistique de notre temps, en quoi elles font de lui non seulement un symbole toujours actif, mais même, dans certains cas – et nous reprenons ici les propos de Yann Hervouët –, une méthode, en ce sens que les éléments esthétiques du mythe (le jeune éphèbe repoussant une figure féminine, le miroir et le reflet, la métamorphose, les figures connexes d’Écho et Tirésias …) sont souvent utilisés comme indications de la nature d’un personnage quant à son identité ou d’un changement de cette dernière. Reprendre ces éléments comme une méthode de représentation entre alors dans une intertextualité consciente ou inconsciente, un système de référence directe ou indirecte, et fait du mythe un topos dans l’imaginaire collectif.

Le volume sera proposé aux Presses Universitaires Blaise Pascal dans la collection « Mythographies et sociétés ».

Les contributeurs sont invités à soumettre un titre et un résumé de 300 mots maximum, ainsi qu’une brève bio-bibliographie, à l’adresse helene.vial@uca.fr avant le 12 avril 2024. Les articles seront à envoyer pour le 12 juillet 2024.

Quelques ouvrages récemment parus sur le mythe de Narcisse :

·  Sixtine Dubly et Claire Jacquet, Narcisse ou la floraison des mondes (catalogue de l’exposition éponyme, Bordeaux, Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA, 7 décembre 2019-21 mars 2020), Arles, Actes Sud, Bordeaux, Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA, 2019.

· Beate Ermacora et Maren Welsch, Der Spiegel des Narziss. Vom mythologischen Halbgott zum Massenphänomen, Cologne, Snoeck, 2012.

·  Alexandra Ilina et Larissa Luică (dir.), Narcisse contemporain : sources et manifestations, Bucarest, Editura Universității din București, 2017.

· David Lomas, Narcissus Reflected. The Myth of Narcissus in Surrealist and Contemporary Art, Chicago, The University of Chicago Press, 2011.

· Gisèle Mathieu-Castellani, Narcisse ou Le sang des fleurs. Les mythes de la métamorphose végétale, Genève, Droz, 2012.

· Ezio Pellizer et Maurizo Bettini, Le Mythe de Narcisse, Paris, Belin, 2010.